Enfant met du temps à s'endormir, boit un verre d'eau

Comprendre les couchers à rallonge après 2 ans

Il est 20h15 : le pyjama est mis, les dents sont brossées, l’histoire est terminée, le câlin est fait… Aaah, la soirée va enfin pouvoir commencer !

Mais voilà, votre enfant met du temps à s’endormir et vous appelle une fois, puis deux, puis cinq :
Encore un bisou.” “J’ai soif.” “Je veux faire pipi.” “Tu restes un peu avec moi ?” “J’arrive pas à dormir…”

Et une heure plus tard… il est toujours réveillé. 😅

Ces dernières semaines, c’est un sujet qui est revenu plusieurs fois dans mes accompagnements, surtout avec des enfants de plus de 2 ans. Les parents me disent : “Je ne comprends pas, tout est en place, mais le coucher dure une éternité…”.

Ils sont systématiquement épuisés, et je les comprends car après une journée bien remplie, passer 1h (voire plus) à gérer le coucher, c’est tout simplement usant !

Ce qu’il faut savoir, c’est que ces couchers à rallonge ne sont pas toujours liés à un enfant qui “ne veut pas dormir”. Bien souvent, il y a des raisons très précises derrière tout ça. Et quand on comprend ce qui bloque vraiment, on peut enfin arrêter de tester des choses au hasard.

Mais à partir de quand un coucher est-il vraiment trop long ?

 

Tous les enfants ne s’endorment pas à la même vitesse. Certains plongent dans le pays des rêves  en 5 minutes chrono, d’autres ont besoin d’un peu plus de temps pour faire la transition entre l’éveil et le sommeil. Mais en règle générale, un endormissement “classique” prend environ 10 à 20 minutes. Si votre enfant met ponctuellement 30 minutes à s’endormir après une journée particulière, ce n’est pas forcément inquiétant. En revanche, si chaque soir ou presque, le coucher dure 45 minutes, 1 heure, voire davantage, alors oui, cela mérite qu’on s’y intéresse. Un endormissement long peut être le signe que quelque chose ne colle pas. Et souvent, ce “quelque chose” n’est pas celui qu’on croit !

La cause n°1 que j’observe : un rythme mal ajusté

C’est probablement la cause que je retrouve le plus souvent dans mes accompagnements. Et pourtant, elle peut facilement passer inaperçue. Quand un enfant met longtemps à s’endormir, les parents pensent spontanément à un refus du coucher, un besoin de limites, un problème émotionnel ou une mauvaise habitude.

Mais avant tout cela, il y a une question à se poser : Votre enfant est-il réellement prêt à dormir à l’heure à laquelle vous lui proposez le coucher ?

Parce qu’un enfant peut sembler fatigué… sans être biologiquement prêt à s’endormir. Et c’est là qu’entre en jeu une notion importante : la pression de sommeil.

C’est quoi, la pression du sommeil ?
Disons que cette « pression du sommeil* » est l’équivalent d’une batterie. Plus votre enfant reste éveillé, plus sa batterie se décharge. Quand la batterie est suffisamment “vide”, l’endormissement se fait plus facilement. Mais si elle est encore trop “chargée”, le coucher peut traîner. Et chez les enfants de plus de 2 ans, la sieste joue un rôle important.

*Pour en savoir plus sur ce qu’est la pression du sommeil, je vous conseille cet article de chez Doctissimo

Le grand classique : une sieste trop longue ou trop tardive

En tant que consultante spécialisée chez le sommeil des tous petits, c’est vraiment un scénario que je rencontre régulièrement. Votre enfant fait encore la sieste (ce qui est parfaitement normal aux alentours de 2 ans), mais si elle dure longtemps, elle se terminera tard et dans ce cas le coucher reste calé sur un rythme qui n’est plus adapté.

Résultat : le soir, votre enfant peut sembler fatigué… sans pour autant être biologiquement prêt à s’endormir. C’est ce qui crée de l’incompréhension chez les parents : votre enfant ne joue pas, il râle, il réclame votre présence, semble grognon… tout porte à croire qu’il est prêt à dormir. Alors qu’en réalité, son niveau de fatigue n’est pas encore suffisant pour permettre un endormissement rapide.

 

Par exemple, un enfant qui dort jusqu’à 16h30 ou 17h aura plus de de mal à s’endormir à 20h. Non pas parce qu’il refuse de dormir, mais parce qu’il n’a pas eu suffisamment de temps pour se dépenser ou bien pour ressentir le besoin de sommeil !

Comment savoir si le rythme est en cause ?

Voici quelques  pistes pour vous aider à savoir si le rythme actuel perturbe le sommeil de votre enfant :
– À quelle heure votre enfant se réveille-t-il le matin ?
– Fait-il encore la sieste ?
– À quelle heure commence-t-elle ?
– À quelle heure se termine-t-elle ?
– Combien de temps met-il réellement à s’endormir le soir ?
– Ce schéma se répète-t-il presque tous les jours ?

La plupart du temps, quand le coucher dure longtemps et que cela se répète, le rythme mérite d’être observé en priorité. Ce n’est pas toujours le coucher qu’il faut “travailler”, c’est l’organisation de la journée.

 

Une routine du soir trop longue

La routine du coucher est très importante (et si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire mon article « L’importance du rituel du coucher pour un sommeil de qualité »). Elle aide votre enfant à comprendre que la journée se termine, elle crée un cadre rassurant, elle permet une transition progressive vers le sommeil. Mais il arrive, sans même qu’on s’en rende compte, que cette routine s’allonge… encore… et encore. Une histoire devient deux, puis trois… Ou un dernier câlin appelle un autre dernier câlin. On ajoute une chanson, puis un verre d’eau, puis “juste encore une minute”. Et petit à petit, le coucher devient un moment qui semble ne jamais se terminer.

Le problème, c’est que votre enfant ne sait plus toujours très bien à quel moment on passe réellement du “temps avec maman ou papa” au “moment de dormir”. Et plus ce moment s’étire, plus l’endormissement peut devenir compliqué.

Pourquoi l’endormissement peut devenir plus difficile ?

Parce qu’un coucher trop long peut aussi devenir stimulant, même quand tout se passe dans le calme.

On discute, on bouge, on rallume une lumière, on se relève pour aller aux toilettes, on papotte encore un peu. Autrement dit : on reste dans de l’intéraction.

Or pour s’endormir, votre enfant a besoin de ralentir progressivement, pas de rester activement engagé avec vous. Et parfois, avec toute notre bonne volonté, on entretient sans le vouloir cet état d’éveil. Attention : cela ne veut pas dire qu’il faut transformer le coucher en moment expéditif ou supprimer tout ce qui fait du bien. L’idée n’est pas d’aller vite, mais d’avoir une routine suffisamment claire pour que votre enfant comprenne ce qui se passe.

En général, une routine efficace est prévisible, calme, cohérente, répétitive… et avec une fin identifiable (exemple : la chanson marque systématiquement la fin du rituel). Parce qu’un enfant qui sait à quoi s’attendre s’apaisera beaucoup plus facilement. 😉

 

Le besoin de connexion : parfois, le vrai sujet est ailleurs

Après une journée de séparation, certains enfants ont simplement besoin de retrouver pleinement leur parent.  Et le coucher devient alors LE moment où tout ressort : “reste encore un peu”, “encore un câlin”, “je veux maman”, “je veux papa”…

Derrière cela, je vous assure qu’il ne s’agit pas d’une stratégie savamment orchestrée par un petit cerveau de 3 ans en pyjama. 😅 Il y a souvent un besoin de connexion, en particulier si la journée a été intense.

Dans ce cas, prolonger le coucher n’est pas toujours la meilleure solution. En revanche, proposer un temps de qualité avant la routine peut faire une grande différence. Remplir le réservoir affectif avant le coucher évitera bien des rappels par la suite.

L’habitude d’endormissement accompagné

Autre situation que je rencontre : votre enfant a besoin de votre présence pour s’endormir. Vous êtes assis(e) à côté du lit jusqu’à ce qu’il s’endorme, allongé(e) près de lui, ou encore à faire des allers-retours toutes les 3 minutes parce qu’il vous rappelle dès que vous partez. Ce sont des habitudes qui, au départ, peuvent s’installer parce qu’un soir il était malade, traversait une période difficile, ou que vous étiez fatigué(e) et que c’était la solution sur le moment. 

Il n’y a pas de honte à faire de ce qui fonctionne, vous faites déjà au mieux avec votre propre fatigue et c’est bien normal.

Le problème, c’est que petit à petit, votre présence peut devenir une condition d’endormissement. Votre enfant ne le fait pas exprès, ne “profite” pas de la situation. Il s’est simplement habitué à s’endormir dans certaines conditions… et quand ces conditions changent, cela devient plus compliqué. Si aujourd’hui la situation vous convient, la question ne se pose pas. Mais si vous sentez que cela rallonge énormément les couchers, que vos soirées deviennent pesantes ou que vous n’arrivez plus à sortir de ce schéma, alors cette piste mérite d’être regardée. Et là encore, aucun jugement. Beaucoup de familles passent par là, et, la bonne nouvelle, c’est que cela peut évoluer.

Je vous déconseille toutefois de changer le rituel du coucher du jour au lendemain. Comme souvent avec le sommeil, les changements les plus durables sont ceux qu’on construit progressivement.

Les peurs du soir et l’anxiété de séparation

À partir de 2 ans, l’imaginaire explose. C’est merveilleux, sauf quand un pull posé sur une chaise devient soudain une créature tout droit sortie d’un film que personne n’avait prévu. Les peurs du soir peuvent potentiellement rallonger le coucher :
– peur du noir,
– peur d’être seul(e),
– peur des bruits,
– peur des cauchemars,
– difficulté à se séparer, etc.

Dans ce cas, votre enfant ne simule pas, mais exprime un besoin de sécurité.

Quelques ajustements peuvent changer la donne: une veilleuse, un objet rassurant (type doudou), un petit rituel sécurisant ou une même phrase repère répétée chaque soir.

L’idée est de rassurer sans pour autant transformer le coucher en marathon nocturne.

Des limites devenues floues

Oui, cela arrive aussi. Quand les règles changent selon les soirs, votre enfant teste naturellement.
Un soir : “Bon, une histoire de plus.”
Le lendemain : “Allez, reste encore 10 minutes.”
Puis : “Exceptionnellement, d’accord…”

Le problème ici encore, c’est que pour votre enfant, ces exceptions deviennent vite de nouvelles possibilités, et oui Jamy ! Je le rappelle : ce n’est pas de la manipulation. C’est un enfant qui explore le cadre, et, si le cadre est mouvant, il continuera d’essayer.

Une fin de routine cohérente et prévisible peut vraiment faire des miracles !

Que faire concrètement si votre enfant met du temps à s’endormir ?

Fini la théorie, passons à la pratique !

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Observer avant de changer
Avant de modifier quoi que ce soit, prenez quelques jours pour observer. Notez :
– l’heure de réveil
– l’heure de la sieste
– la fin de la sieste
– l’heure du coucher
– l’heure réelle d’endormissement.
C’est souvent très révélateur.

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Ajuster le rythme si nécessaire
Si la sieste est trop longue ou trop tardive, cela peut vraiment freiner l’endormissement du soir.
Essayez de :
– raccourcir légèrement la sieste
– éviter qu’elle se termine trop tard
– revoir l’heure du coucher.
Le bon équilibre ?
Un enfant fatigué, mais pas épuisé !

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Simplifier la routine
Si votre routine dure 45 minutes, il est peut-être temps de faire un peu de tri. L’objectif ici n’est pas de retirer tout les moments de douceur, mais d’enlever ce qui est redondant.

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 Nourrir le besoin de connexion plus tôt
Si votre enfant réclame beaucoup votre présence, proposez-la AVANT le coucher.
Un temps dédié et de qualité peut réduire les demandes répétées ensuite.

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Clarifier le cadre
Votre enfant a besoin de savoir à quoi s’attendre. Une phrase toute simple peut suffire : Après l’histoire et le câlin, c’est le moment de dormir.
Et bien spur, on reste cohérent et on s’y tient ! 

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Faire évoluer l’endormissement accompagné progressivement
Si votre présence est devenue indispensable, allez-y par étapes. Pas besoin de tout bouleverser brutalement. Le changement progressif fonctionnera souvent bien mieux.

Quand demander de l’aide ?

Si malgré vos ajustements votre enfant met du temps à s’endormir, vos soirées sont devenues source de tension, vous avez l’impression d’avoir tout essayé mais que vous ne savez plus quoi ajuster…

Alors un accompagnement peut être nécessaire. Ce n’est pas toujours simple à décoder seul(e). Un regard extérieur d’une experte en la matière permettra d’identifier rapidement ce qui entretient le problème et de construire une stratégie adaptée à votre enfant, votre situation et votre famille.